En bref
- Cipriani relance son hôtel intime sur Torcello
- L’adresse passe de six à dix chambres
- Rénovation douce, loin de l’agitation de Venise
Il y a des réouvertures qui cherchent l’effet. Celle-ci choisit l’inverse. Sur Torcello, dans la lagune de Venise, la famille Cipriani redonne de l’élan à son hôtel historique avec une ambition claire, préserver l’esprit d’une adresse à part plutôt que la lisser. Dans une ville saturée d’attention et de nouveaux projets hôteliers attendus pour 2026, le geste compte.

Torcello, l’autre visage de la lagune
L’histoire commence bien avant cette rénovation. Après l’ouverture du Harry’s Bar par Giuseppe Cipriani Sr. en 1931, la famille acquiert en 1936 une modeste cave à vin sur Torcello, à environ 25 minutes de bateau. Après la Seconde Guerre mondiale, le lieu devient une locanda, pensée pour les voyageurs en quête de discrétion.
Ce choix n’avait rien d’évident. Là où la plupart des visiteurs regardaient d’abord Venise, Cipriani misait sur une île peu peuplée, marquée par ses édifices médiévaux et sa cathédrale byzantine. Le carnet d’adresses a suivi avec le temps, de Winston Churchill à Nicole Kidman, de la reine Elizabeth II à Elton John. Ernest Hemingway, lui, y a séjourné plusieurs mois en écrivant Across the River and Into the Trees.
Une rénovation qui protège l’âme du lieu
Le projet a été mené avec Fabrizio Cocchi Studio, sous l’impulsion de Giuseppe Cipriani, fondateur et directeur général du Cipriani Group, et petit-fils de Giuseppe Sr. Son idée n’était pas de moderniser pour moderniser, mais de conserver ce qu’il décrit comme « l’âme du lieu ».
Le parti pris est cohérent, et plutôt juste. Le décor s’appuie sur la lagune, les jardins et la lumière changeante de l’île, que Giuseppe Cipriani veut laisser au premier plan. Ici, la rénovation restaure plus qu’elle ne transforme.
Dix chambres seulement, et une vraie idée du calme
L’hôtel passe de six à dix chambres, dont quatre nouvelles suites. Cette petite jauge reste centrale, parce qu’elle entretient l’impression d’une maison privée plus que d’un grand établissement. Les hébergements intègrent des espaces de vie dédiés et des terrasses ouvertes sur les jardins et la basilique Santa Maria Assunta.
Dans les chambres, les poutres anciennes ont été peintes en blanc pour alléger l’atmosphère. Les boiseries brillantes répondent à des luminaires en verre soufflé signés Vetreria Venier, à Murano. Des choix de matières très maîtrisés, sans ostentation.

Le bar, les jardins, et ce luxe rare du ralentissement
Les espaces communs évoluent aussi. Un nouveau comptoir de bar a été installé, élément presque rituel dans les restaurants de la famille, tandis que le restaurant et les salons ont été pensés autour d’une convivialité simple. Les jardins retrouvent des roses, des plantes fleuries, un potager et une pergola couverte de vigne portée par des colonnes de marbre rose.
À quelques pas de l’église Santa Fosca, l’adresse vend surtout une respiration. Giuseppe Cipriani résume « un lieu qui invite à ralentir et à simplement écouter ». Comptez à partir d’environ 791 euros.