Les super-yachts à l’heure de la transition écologique

Par Benjamin,  publié le 3 juillet 2019 à 16h33.
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Constructeur : Fincantieri
Propriétaire : Yuri Scheffler / Russie

Constructeur : Fincantieri Propriétaire : Yuri Scheffler / Russie

Après plusieurs années à subir un marché atone, le yachting redevient dynamique. Les nouvelles tendances des jeunes millionnaires et les réglementations en faveur de la transition écologique obligent toutefois l’industrie du yacht à se repenser. Zoom sur cette évolution

Le yachting a de beaux jours devant lui. Après un passage à vide de presque dix ans lié à la crise économique de 2008, l’industrie nautique de luxe repart de plus belle. L’augmentation du nombre de millionnaires et de milliardaires dans le monde n’est pas étrangère à ce regain d’activité qui se matérialise par des mises à l’eau en constante augmentation. Ainsi, en 2017, ce ne sont pas moins de 760 super-yachts (les yachts mesurant plus de 30 mètres) qui sont sortis des chantiers signant là un record de production historique. Ils mesuraient en moyenne 41 mètres, 21 d’entre eux étant même des appareils de plus de 100 mètres de long[1].

Ces super yachts sortent des chantiers de constructeurs célèbres. Parmi eux, les Allemands se détachent du lot avec Lürssen, basé à Brême, qui a construit les plus gros yachts du monde (dont L’Eclipse de Roman Abramovitch), ainsi que Nobiskrug situé à Rendsburg qui a livré en 2018 le fameux Sailing yacht A de 142,81 mètres au milliardaire russe Andreï Melnitchenko. Il y aussi l’Italien Fincantieri à Trieste, le Néerlandais Oceanco à Alblasserdam ou encore le Français Guy Couach sur les bords du bassin d’Arcachon. Ces grands constructeurs qui voient les carnets de commande se remplir se soumettent désormais à de nouvelles normes environnementales, progrès technologiques et nouveaux goûts du client.

Ainsi côté design, les extérieurs et les intérieurs s’éloignent des codes traditionnels du nautisme. A l’intérieur des bateaux, les décorations se veulent plus allégées avec des styles moins fastes, plus épurés et contemporains. Si les marbres et les portes en moulure restent populaires, la tendance n’est plus à l’étalage de meubles ou d’accessoires imposants. La priorité est désormais à l’ergonomie, à la création d’espaces de vie fonctionnels où les occupants se sentent bien tout en se régalant les yeux puisque les baies vitrées se veulent de plus en plus grandes afin de proposer des vues panoramiques à 360 degrés.

La nature au centre de l’attention

A l’extérieur, le constat est le même. La nouvelle génération de riches propriétaires cherche à replacer la contemplation des paysages au coeur du bateau en proposant des espaces plus larges et moins chargés. Cette tendance plus minimaliste implique donc des coûts de construction inférieurs. La recherche de matériaux plus écoresponsables est également à la mode. Ainsi des revêtements de ponts en liège issus d’usines de bouchons recyclés vont remplacer le teck de Birmanie. De plus, certains propriétaires demandent à ce que l’on utilise du bois provenant de forêts durables et l’interdiction de bouteilles plastiques à bord au profit de réservoirs d’eau filtrée. Par ailleurs, les stations d’épuration internes des eaux usées sont désormais beaucoup plus performantes afin de limiter la quantité de déchets déversés dans les fonds marins.

L’évolution technologique des nouveaux super-yachts est étroitement liée à la prise de conscience de la crise environnementale que traverse notre planète. De nouvelles règles internationales visant à protéger les milieux naturels émergent et imposent toute une série de contraintes aux constructeurs (propulsion hybride pour limiter les émissions, réduction de la pollution sonore, utilisation de panneaux solaires).

S’adapter aux nouvelles normes

L’ancienne génération de yachts aux tirants d’eau trop profonds, ne peut plus s’approcher de certaines côtes désormais défendues par des lois environnementales. Pour compenser cette contrainte, les fabricants réduisent la forme en V de la coque mais les bateaux sont par conséquent moins fiables pour la navigation, et ils doivent ralentir leur vitesse de croisière sous peine de perdre leur stabilité et donc leur confort. Cette recherche d’un équilibre cohérent est au cœur des préoccupations des centres de recherche et développement des grands constructeurs.

Les yachts à voile équipés de moteurs hybrides, tel le Sailing Yacht A d’Andreï Melnitchenko incarnent la nouvelle génération à la mode. Artefact, dernier projet d’envergure de Nobiskrug prévu pour courant 2019, est construit selon les nouvelles normes Tier III de l’Organisation maritime internationale. Il est ainsi le premier super-yacht hybride à utiliser un bus continu[i], des batteries et un système de propulsion ABB Pod Diesel à vitesse variable.

Ces innovations devront réduire les émissions, atténuer les vibrations et les nuisances sonores. De plus, l’Artefact est équipé de panneaux solaires et d’un grand espace de stockage de batteries afin d’utiliser le moins possible les moteurs thermiques[2]. Les professionnels sont toutefois encore dubitatifs sur l’optimisation des panneaux solaires et reconnaissent une trop grande dépendance des bateaux vis-à-vis du gasoil pour l’apport énergétique requis par les super-yachts.

Créer des bateaux de plus en plus propres

Le travail des ingénieurs consiste à créer des bateaux de plus en plus propres sur le modèle qui se pratique pour les véhicules terrestres tout en adaptant les technologies au monde marin et à ses spécificités. Le but étant de reconnaître que si le yachting est un loisir polluant, il convient de limiter son impact sur l’environnement tout en conservant un confort optimal à bord.

Tous les projets rendus publics par les grands constructeurs et la volonté des acteurs majeurs du yachting international de se retrouver autour d’un socle commun afin de redonner envie aux nouveaux riches de posséder un yacht, témoignent de la dynamique qui agite à nouveau le secteur.

Quelques yachts d’exception :

Sailing Yacht A (baptisé ainsi pour apparaître tout en haut du registre maritime avec la lettre A)

Constructeur : Nobiskrug<br />Propriétaire : Andreï Melnitchenko / Russie

Constructeur : Nobiskrug
Propriétaire : Andreï Melnitchenko / Russie

L’Eclipse

Constructeur : ‎Blohm & Voss<br />Propriétaire : Roman Abramovitch / Russie-Israël

Constructeur : ‎Blohm & Voss
Propriétaire : Roman Abramovitch / Russie-Israël

Predator

Constructeur : Feadship<br />Propriétaire : Iskander Makhmudov / Russie-Ouzbékistan

Constructeur : Feadship
Propriétaire : Iskander Makhmudov / Russie-Ouzbékistan

L’Octopus

Constructeur : Lürssen<br />Propriétaire : Tom Allen (décédé en 2018) / Etats-Unis

Constructeur : Lürssen
Propriétaire : Tom Allen (décédé en 2018) / Etats-Unis

Azzam

Constructeur : Lürssen<br />Propriétaire : Khalifa Ben Zayed Al Nahyane / Emirats arabes unis

Constructeur : Lürssen
Propriétaire : Khalifa Ben Zayed Al Nahyane / Emirats arabes unis

Serene

Constructeur : Fincantieri<br />Propriétaire : Yuri Scheffler / Russie

Constructeur : Fincantieri
Propriétaire : Yuri Scheffler / Russie

[1] https://www.lenouveleconomiste.fr/dossier-art-de-vivre/super-yachts-la-plaisance-dhyper-luxe-60810/
[2] https://www.bateaux.com/article/29068/artefact-un-superyacht-hybride-a-demarche-environnementale
[i] Technologie d’électronique de puissance utilisée pour le transport de l’électricité en courant continu haute tension.